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Immigration demain : ce que disent les projections démographiques à 2070

Selon les projections 2026 de l’Insee, la population française atteindrait un pic de 69,8 millions d’habitants en 2037, puis reculerait à 65,9 millions en 2070 dans le scénario central, qui suppose un solde migratoire de +150 000 personnes par an. Entre 60,9 et 70,8 millions selon l’hypothèse migratoire : l’avenir dépend de paramètres que personne ne maîtrise complètement.

Ce que sont ces projections, et ce qu’elles ne sont pas

Une projection de population n’est pas une prévision : c’est un calcul conditionnel. L’Insee prend des hypothèses sur trois paramètres, la fécondité, la mortalité et le solde migratoire, et calcule ce qui en résulte. Le scénario central de 2026 retient une fécondité de 1,45 enfant par femme, une poursuite de la baisse de la mortalité et un solde migratoire de +150 000 par an, avec une fourchette de plus ou moins 80 000. Ce dernier chiffre est nettement supérieur à celui des projections de 2021 (+70 000), ce qui reflète les évolutions récentes.

Le Conseil d’orientation des retraites (COR) rappelle un point important : à dix ou quinze ans, le solde migratoire est la principale source d’incertitude ; au-delà, la fécondité et les migrations jouent des rôles croissants, et les écarts se creusent fortement jusqu’en 2070.

Une population qui plafonne puis diminue

Le solde naturel (naissances moins décès) est devenu négatif en 2025 pour la première fois. D’après l’Insee, il atteindrait environ −343 000 par an en 2070. Jusqu’en 2037, un solde migratoire de +150 000 par an compense ce déficit et la population continue de croître, jusqu’à 69,8 millions. Ensuite, il ne suffit plus, et la population diminue progressivement pour atteindre 65,9 millions en 2070, soit 3,2 millions de moins qu’en 2026.

Graphique : population de la France en 2070 selon l'hypothèse de migration retenue
Population projetée en 2070 selon trois hypothèses de solde migratoire (Insee, 2026).

Les variantes de l’Insee montrent l’étendue des possibles. Avec un solde migratoire bas (+70 000 par an), la population serait de 60,9 millions en 2070 ; avec un solde haut (+230 000), de 70,8 millions. Une fécondité basse (1,20) donnerait 61,3 millions et une fécondité haute (1,70) 70,8 millions. Les deux scénarios extrêmes, qui combinent toutes les hypothèses défavorables ou favorables, encadrent une fourchette de 54,6 à 78,3 millions. Autrement dit, la fécondité et la migration pèsent des ordres de grandeur comparables.

Le vieillissement, quelle que soit l’hypothèse

Dans le scénario central, le nombre de personnes de moins de 45 ans baisserait de 8,9 millions (−24 %), tandis que celui des 65 ans et plus augmenterait de 5,8 millions, dont 4,6 millions de 80 ans ou plus. Le nombre de centenaires serait multiplié par quatre. Le rapport de dépendance, c’est-à-dire le nombre de personnes de 65 ans et plus pour 100 personnes d’âge actif, passerait de 40 en 2026 à 49 en 2040 puis à 62 en 2070.

Graphique : rapport de dépendance démographique de 2026 à 2070
Nombre de seniors pour 100 personnes d’âge actif, scénario central (Insee).

Ce point est central pour le budget : les retraites et la santé sont, comme on l’a vu, les deux postes qui expliquent l’essentiel de l’écart de dépenses publiques entre la France et l’UE. Un rapport de dépendance qui passe de 40 à 62 signifie qu’à règles inchangées, chaque actif finance davantage de retraités et de soins, ou que les règles doivent évoluer (âge, niveau des pensions, cotisations, productivité).

L’immigration peut-elle compenser le vieillissement ?

C’est ici que les lectures divergent. L’apport de l’immigration est bien réel sur la structure par âge : les immigrés arrivés en 2024 ont un âge médian de 26 ans, ce qui contribue à l’effectif d’âge actif. Mais trois limites sont documentées. D’abord, les personnes arrivées vieillissent elles aussi : le solde budgétaire, on l’a vu, est positif en âge actif et négatif à la retraite pour tous les profils. Ensuite, l’effet dépend de l’emploi : un arrivant en emploi contribue, un arrivant sans emploi ne compense rien. Enfin, l’Insee montre que même avec +150 000 par an, la population baisse à partir de 2037 : l’immigration retarde et atténue le vieillissement, elle ne l’empêche pas.

Nous ne connaissons pas, à ce stade, le rapport de dépendance qui résulterait d’un solde migratoire nul, ni l’effet exact sur le financement des retraites : les documents publics consultés ne quantifient pas cet effet directement. C’est une donnée à demander au COR et à l’Insee.

Lien avec le budget : ce qui se joue vraiment

Trois grands mécanismes relient démographie et budget. Le premier est celui des recettes : plus d’actifs en emploi, plus de cotisations et d’impôts. Le deuxième est celui des dépenses : plus de retraités et de personnes très âgées, plus de pensions et de soins. Le troisième est celui du PIB : c’est la croissance de la richesse produite qui rend la dette plus ou moins soutenable, et cette croissance dépend du nombre d’actifs, mais aussi de leur productivité. Dans ce contexte, la technologie, l’automatisation et l’intelligence artificielle sont une autre variable d’ajustement, sujet du dernier article de cette série.

Ce que nous ne savons pas

Nous ne savons pas quel sera le solde migratoire réel dans dix ans : il dépend de la conjoncture, des politiques européennes et de crises internationales imprévisibles. Nous ne savons pas non plus si la fécondité se stabilisera à 1,45 ou continuera de baisser. Enfin, les projections à 2070 comportent une marge d’erreur d’autant plus grande que l’horizon est lointain : l’Insee lui-même présente une fourchette de plus de 20 millions d’habitants entre ses scénarios extrêmes.

L’immigration peut-elle « sauver » les retraites ?

Le vieillissement démographique relance régulièrement un débat : l’immigration peut-elle compenser la baisse du nombre d’actifs par retraité ? Les chiffres disponibles donnent une réponse nuancée. Le ratio actifs/retraités est passé d’environ 6 pour 1 en 1945 à 3 pour 1 en 2020, et pourrait atteindre environ 2,5 pour 1 en 2050 selon les projections démographiques usuelles. Une étude de l’observatoire Hexagone (Philippe Lemoine, 2026) a cherché à isoler l’effet du solde migratoire sur ce ratio : pour le maintenir à 3 pour 1 en 2050, il faudrait un solde migratoire d’environ 500 000 personnes par an, soit près de 3,5 fois le niveau actuel retenu par l’Insee (150 000). À l’inverse, un solde migratoire nul d’ici 2050 ne dégraderait le ratio que d’environ 7 %, le faisant passer de 2,5 à 2,32 actifs par retraité.

Cette étude, portée par un seul chercheur et non reprise par le Conseil d’orientation des retraites (COR) dans ses rapports officiels, doit être lue avec prudence : elle isole un seul facteur (le solde migratoire brut) sans le comparer à d’autres leviers (âge de départ, taux d’emploi des seniors, fécondité). Elle est aussi contestée par ceux qui rappellent que les personnes immigrées arrivent en moyenne plus jeunes (26 ans, comme vu plus haut) et cotisent pendant leurs années actives avant, elles aussi, de partir à la retraite : l’effet dépend donc de la durée sur laquelle on raisonne, et du renouvellement continu des flux migratoires plutôt que d’un solde figé. Ce que l’on peut retenir sans trancher le débat : l’immigration seule ne suffit ni à résoudre ni à ignorer la question du financement des retraites, elle n’en est qu’un paramètre parmi d’autres.

Le regard citoyen d’IHDad

Ce que je constate : quelle que soit l’hypothèse, la France vieillit et le rapport de dépendance grimpe, et l’immigration n’y change qu’une partie du tableau.

Ce que ça change pour nous : le vrai sujet pour les retraites et la santé, c’est le nombre de personnes en emploi et leur productivité, quelle que soit leur origine.

Ce que je propose : raisonner en scénarios chiffrés et publics (emploi, productivité, migration, natalité) plutôt qu’en slogans, et investir dans l’automatisation pour que moins d’actifs produisent davantage. C’est une opinion.

Ce qu’un citoyen peut faire : lire les hypothèses derrière chaque chiffre annoncé sur les retraites ou sur la démographie.

Ce que je ne sais pas : l’effet exact d’un solde migratoire donné sur le financement des retraites.

Le point de vue opposé

Pour ceux qui voient dans l’immigration un levier face au vieillissement, un solde migratoire soutenu et bien inséré dans l’emploi limite la baisse de la population active et le déséquilibre entre cotisants et retraités. Pour ceux qui la jugent insuffisante ou risquée comme réponse, elle ne fait que déplacer le problème (les arrivants vieillissent aussi), elle dépend de l’emploi effectif et de l’intégration, et d’autres leviers comme la natalité, l’âge de départ, la productivité ou l’automatisation doivent être mobilisés. Les projections de l’Insee donnent des arguments aux deux : la migration pèse lourd, mais ne suffit pas seule.

Conclusion

Passé, présent, futur : le fil rouge de cette série sur l’immigration est que le budget dépend moins du nombre de personnes que de leur emploi, et que la démographie est un paramètre parmi d’autres. Les chiffres autorisent des lectures différentes ; ce qui manque, c’est une évaluation officielle récente, publique et actualisée.

Sources

  • Insee, Projections de population à l’horizon 2070, Insee Première n° 2108 (2026).
  • Conseil d’orientation des retraites, séance du 16 avril 2026 : projections démographiques de l’Insee.
  • Insee, Flux migratoires, Insee Première n° 2107.

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