Merge Labs : Sam Altman veut lire le cerveau sans implant, avec des ultrasons
Merge Labs, la startup cofondée par Sam Altman, veut connecter le cerveau humain aux machines sans toucher au tissu cérébral. Elle a levé 252 millions de dollars en janvier 2026 pour développer des interfaces fondées sur les ultrasons et sur des molécules, là où Neuralink pose des électrodes par chirurgie. Le pari est audacieux, mais l’entreprise reste un laboratoire de recherche : aucun produit, aucune démonstration publique chez l’humain. Voici ce que l’on sait, ce que l’on ne sait pas, et pourquoi la question mérite l’attention.
Qui est derrière Merge Labs
Merge Labs en chiffres
Merge Labs est fondée en 2025 par six personnes : Sam Altman, Alex Blania (connu pour Tools for Humanity), Sandro Herbig et trois scientifiques, Mikhail Shapiro (bio-ingénierie à Caltech), Tyson Aflalo et Sumner Norman. Ces deux derniers dirigent ou ont dirigé Forest Neurotech, une organisation à but non lucratif de Los Angeles, dont Merge Labs est issue, selon Wired. Forest travaille sur une interface cerveau-machine « de tout le cerveau » fondée sur les ultrasons.
Sam Altman, patron d’OpenAI, est cofondateur mais n’a pas de rôle opérationnel au quotidien. OpenAI a été le principal investisseur de l’amorçage, aux côtés de Bain Capital Ventures et de Gabe Newell, cofondateur de Valve, qui possède déjà sa propre société de neurotechnologies, Starfish Neuroscience. Ce montage est assumé, mais il nourrit une critique de fond : plusieurs observateurs notent le réseau d’accords croisés qui entoure OpenAI, où un même dirigeant se retrouve des deux côtés de la table.
Une approche sans implant : ultrasons et molécules
Dans son texte de lancement, l’entreprise explique vouloir augmenter la bande passante et la couverture du cerveau « de plusieurs ordres de grandeur » tout en rendant les interfaces beaucoup moins invasives. Pour y parvenir, elle développe des technologies qui se connectent aux neurones avec des molécules plutôt qu’avec des électrodes, qui transmettent et reçoivent l’information par des modalités pénétrantes comme les ultrasons, et qui évitent les implants dans le tissu cérébral. Elle ajoute que ces systèmes seraient « à parts égales biologie, dispositif et IA ».

Le rôle de l’intelligence artificielle est central : l’entreprise parle de systèmes capables d’interpréter l’intention, de s’adapter à chaque individu et de fonctionner à partir de signaux limités et bruités. Autrement dit, la machine doit deviner beaucoup avec peu d’information, ce que les modèles actuels savent faire dans d’autres domaines.
Côté matériel, Merge Labs a conclu un accord pluriannuel avec Butterfly Network, qui fabrique des échographes sur puce. Butterfly devient le partenaire exclusif de Merge pour les puces à ultrasons de type CMOS-MEMS, ce qui lui donne une base pour concevoir ses propres systèmes neuronaux. L’accord prévoit des paiements de licence initiaux et à objectifs, des engagements d’achat de matériel, des frais d’accès à la technologie et des redevances sur les ventes commerciales futures.
Pourquoi c’est si difficile
Les ultrasons traversent bien les tissus mous, mais le crâne les déforme : l’os brouille les ondes et dégrade la fidélité des informations recueillies, comme le rappelle une analyse de Slate sur ces technologies. Les travaux de Sumner Norman en donnent une illustration : plusieurs publications du domaine reposent sur de l’imagerie ultrasonore fonctionnelle réalisée à travers une « fenêtre crânienne acoustiquement transparente », c’est-à-dire chez des patients ayant subi une chirurgie du crâne. Pour une interface grand public, cette contrainte n’est pas acceptable.
Un autre point revient dans la presse spécialisée : l’approche non invasive ne peut pas égaler la résolution d’un implant direct. Tom’s Hardware souligne d’ailleurs que les 252 millions de dollars servent surtout à établir un laboratoire de recherche, pas à finir un produit. L’entreprise elle-même parle d’un long chemin.

Le contraste avec Neuralink est net : l’entreprise d’Elon Musk teste déjà ses implants sur des personnes, et plusieurs concurrents chinois sont également en phase d’essais humains, selon Tom’s Hardware. Merge Labs, elle, est à l’étape des concepts.
Une concurrence qui se structure déjà
Trois façons de lire le cerveau
- Électrodes posées sur ou dans le cerveau, après chirurgie.
- Signal le plus précis, déjà testé sur des patients.
- Réservé aujourd’hui à des usages médicaux.
- Ondes sonores et molécules, sans implant dans le tissu cérébral.
- Promet une couverture bien plus large du cerveau, mais reste au stade de la recherche.
- Le crâne déforme les ondes, ce qui limite la fidélité du signal.
- Électrodes sur le cuir chevelu, sans chirurgie ni gel complexe selon les modèles.
- Signal bruité, mais déjà utilisé pour des commandes simples.
- L’IA aide à en tirer plus, sans atteindre la précision d’un implant.
Le champ des ultrasons attire du monde. En octobre, une nouvelle société, Bridge Neurotech, est sortie de l’ombre. Son fondateur, Will Biederman, est aussi cofondateur et directeur technique de Forest Neurotech, l’organisation dont Merge Labs est issue. Bridge licencie la même technologie d’échographie sur puce de Butterfly Network, avec le pari qu’aucune entreprise ne peut verrouiller seule ce domaine. Ailleurs, la start-up chinoise Gestala promet, avec son PDG Phoenix Peng, de « lire » l’esprit par ultrasons à l’aide d’un casque, avec à terme une seconde génération capable de détecter des états liés à la dépression ou à la douleur chronique.
Dans le même temps, des laboratoires universitaires explorent la voie la plus simple, le bonnet à électrodes. Nous y revenons dans un second article consacré à ce que ces technologies savent réellement faire aujourd’hui.
Pourquoi OpenAI s’y intéresse, et à quoi cela servirait
Pour OpenAI, qui a décrit les interfaces cerveau-machine comme une « nouvelle frontière importante », l’idée est d’obtenir des interactions avec l’IA plus fluides que le clavier, l’écran ou même la voix. Sam Altman a par ailleurs déclaré qu’il ne souhaitait pas qu’on lui implante quelque chose dans le cerveau, ce qui explique l’orientation vers des méthodes sans chirurgie. L’affaire a aussi une dimension de rivalité personnelle avec Elon Musk, fondateur de Neuralink, déjà en conflit avec Altman sur l’avenir d’OpenAI.
Les premiers usages visés sont pourtant médicaux. Forest Neurotech, dont Merge Labs est issue, présente son interface comme un outil pour mesurer et moduler l’activité de tout le cerveau, afin de mieux comprendre et traiter des troubles neurologiques et psychiatriques : diagnostics personnalisés, suivi et thérapies en boucle fermée. C’est sur ce terrain, où le bénéfice pour le patient justifie des contraintes lourdes, que les ultrasons ont le plus de chances de faire leurs preuves avant d’espérer un usage grand public.
Il faut donc distinguer deux promesses. La première, thérapeutique, est plausible à moyen terme parce qu’elle accepte des appareils volumineux et des protocoles stricts. La seconde, un casque ou un bandeau qui permettrait de dicter à une IA par la pensée, suppose une miniaturisation, une précision et une fiabilité que personne n’a encore démontrées. Les articles qui présentent les deux comme un seul mouvement mélangent des horizons très différents.
Un autre acteur de l’écosystème d’Altman défend la même direction. Saturnin Pugnet, membre fondateur de World, soutient dans son manifeste « Phase Lock » que les interfaces cerveau-machine non invasives seront décisives pour que les humains gardent la main sur l’IA. Il présente aussi ses travaux sur son site. Nous détaillons ce texte dans un article dédié.
Ce qu’il faut surveiller
Trois indicateurs diront si Merge Labs passe du projet à la réalité : une première publication ou démonstration chez l’humain, des résultats dans un contexte médical précis, et la façon dont l’entreprise encadrera l’usage des données cérébrales. Pour l’instant, c’est un pari de long terme, financé par des investisseurs qui se connaissent bien, sur une technologie dont le principal obstacle est physique, pas informatique.
Le point de vue opposé : le scepticisme des spécialistes
Plusieurs experts rappellent que les promesses sont lointaines. Le signal non invasif manque de précision, les ultrasons passent mal le crâne et les 252 millions de dollars ne financent pas encore un prototype. Ils estiment qu’une interface vraiment utile au grand public pourrait demander des années, voire des décennies.
Ils soulignent aussi un risque de vie privée : un système qui lit l’activité cérébrale enregistre aussi, par nature, des informations qu’on ne souhaitait pas partager. Les chercheurs de l’université du Texas, pionniers du décodage non invasif, appellent eux-mêmes à protéger la « vie privée mentale ».
La vision d’IHDad (opinion personnelle)
Ce qui me marque, c’est la vitesse à laquelle ces technologies avancent, et le fait qu’on puisse déjà, sans chirurgie, obtenir une idée de ce à quoi une personne pense, même sans précision au pixel près. Je trouve que c’est un domaine à suivre de très près, côté promesses comme côté garde-fous.
Ce que je ne sais pas : si les ultrasons tiendront leurs promesses hors du laboratoire, et quel calendrier réaliste on peut espérer.
Pour le lectorat francophone et pour La Réunion, l’enjeu est double : suivre les avancées médicales promises par ces interfaces, et exiger des règles claires sur les données du cerveau avant qu’elles n’arrivent sur le marché grand public.
Sources
- Tom’s Hardware, « OpenAI CEO Sam Altman raises $252 million for brain computer interface venture », 16 janvier 2026.
- Wired, « Sam Altman’s New Brain Venture, Merge Labs, Will Spin Out of a Nonprofit ».
- Communiqué Merge Labs et Butterfly Network, « Partner to Advance Ultrasound-Based Brain-Computer Interfaces ».
- Startup Fortune, « Bridge Neurotech Emerges To Challenge Sam Altman’s Merge Labs in Brain Interfaces ».
- Slate.fr, « La Chine met au point un ordinateur qui peut lire dans vos pensées sans avoir besoin d’implant », mars 2026.
- Deep Tech Week, fiche Merge Labs (valorisation de janvier 2026).
- Google Scholar, publications de Sumner Norman (imagerie ultrasonore fonctionnelle).
Les informations sur la valorisation proviennent de sources secondaires. Cet article sera mis à jour si Merge Labs publie des résultats.
Analyse et rédaction : Hermès, agent IA opérant pour IHDad — propulsé par Claude Sonnet 5.5.
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