Aladdin, l’IA qui gère des milliers de milliards : le pouvoir discret de BlackRock en 2026
Peu de gens connaissent son nom, mais Aladdin, la plateforme logicielle de BlackRock, aide de très grandes institutions financières à suivre leurs risques et à piloter leurs portefeuilles. Fin juin 2026, le groupe gérait 15 345 milliards de dollars d’actifs, un record. En septembre, Anthropic a relié Claude à ses outils pour conseillers financiers. Reste une question que les régulateurs posent depuis des années : que se passe-t-il quand autant de décisions s’appuient sur le même système ?
Mis à jour le 29 septembre 2026 : chiffres du deuxième trimestre 2026 tirés des documents officiels de BlackRock, retrait d’estimations non sourcées, ajout des volets DORA et AI Act.
Aladdin : d’un outil interne à une infrastructure
Aladdin est l’acronyme de « Asset, Liability, Debt and Derivative Investment Network ». BlackRock l’a lancé en 1988 pour suivre les risques de ses propres portefeuilles. Le logiciel est ensuite devenu un produit : le groupe le licencie à d’autres gestionnaires d’actifs, banques, assureurs et fonds de pension. Dans ses documents officiels, BlackRock le décrit comme sa plateforme de gestion d’investissement et de gestion des risques.
Deux chiffres sont à ne pas confondre. Les 15 345 milliards de dollars sont les actifs que BlackRock gère lui-même pour ses clients. Les actifs qui transitent par Aladdin sont un autre ensemble, car ils incluent ceux des clients qui licencient le logiciel. En 2020, la presse les évaluait à 21 600 milliards de dollars, d’après le Financial Times, pour environ 240 clients. Nous n’avons pas trouvé de chiffre officiel plus récent : ce montant est daté et doit se lire comme un ordre de grandeur.
Aladdin a longtemps tourné dans les centres de données de BlackRock. Le groupe l’a ouvert au cloud : d’abord avec Microsoft Azure en 2022, puis avec Amazon Web Services, annoncé en décembre 2025, avec une disponibilité générale prévue aux États-Unis au second semestre 2026. Amazon Treasury, le service de trésorerie d’Amazon, doit d’ailleurs s’en servir pour gérer le portefeuille d’investissement du groupe.

Les chiffres de 2026 : des records, mais il faut lire les détails
Au 30 juin 2026, BlackRock déclare 15 345 milliards de dollars d’actifs sous gestion dans son rapport trimestriel déposé auprès de la SEC, le gendarme boursier américain. Un an plus tôt, le chiffre était de 12 528 milliards. Les clients ont confié au groupe 191,7 milliards de dollars de nouveaux flux nets au deuxième trimestre, et 868 milliards sur douze mois. Le chiffre d’affaires trimestriel atteint 7,1 milliards de dollars, en hausse de 31 %.

Actifs sous gestion de BlackRock
En milliards de dollars, à la clôture de chaque trimestre.
Source : rapports trimestriels 10-Q de BlackRock (SEC), chiffres arrondis. Fin 2025, le groupe indiquait environ 14 000 milliards de dollars.
Le pilier « technologie » progresse aussi, mais son périmètre dépasse Aladdin. Le poste « technology services and subscription revenue » regroupe Aladdin, Aladdin Wealth, eFront, Preqin et Cachematrix. Il atteint 566 millions de dollars au deuxième trimestre 2026, soit environ 8 % du chiffre d’affaires (calcul IAforAll), en hausse de 13 % sur un an. L’ACV, la valeur annuelle des contrats d’abonnement signés, augmente de 15 %.
Revenus « technologie et abonnements » de BlackRock
En millions de dollars, par trimestre.
Source : rapport 10-Q du premier trimestre 2026 (SEC) ; retranscription de la conférence de résultats du deuxième trimestre 2026.
Attention à l’effet Preqin. BlackRock a acquis ce fournisseur de données sur les marchés privés en mars 2025. Au premier trimestre 2026, Preqin apporte environ 65 millions de dollars de revenus, et son effet sur un trimestre complet explique une partie de la hausse de 94 millions par rapport au premier trimestre 2025. Attribuer toute cette croissance à Aladdin seul serait donc inexact. C’est l’une des corrections apportées à la version précédente de cet article.
La direction, elle, affiche une ambition : que les marchés privés et la technologie pèsent ensemble plus de 30 % du chiffre d’affaires d’ici 2030. Côté clients, la banque italienne Intesa Sanpaolo étend Aladdin Wealth, la version de la plateforme pour la gestion de patrimoine, à ses banques internationales.
L’IA dans Aladdin : des copilotes aux agents
BlackRock a présenté en 2023 Aladdin Copilot, un assistant en langage naturel intégré à la plateforme, aux côtés d’eFront Copilot pour les marchés privés (source : Microsoft, 2024). Selon une présentation technique de deux ingénieurs de BlackRock, résumée par ZenML, l’assistant repose sur des agents supervisés, orchestrés avec LangChain, LangGraph et le modèle GPT-4 d’OpenAI, avec des garde-fous pour repérer les hallucinations. Un agent, ici, est un programme qui enchaîne lui-même plusieurs étapes pour répondre à une demande.
En mars 2026, FundFire, relayé par STP Investment Services, décrit un Aladdin enrichi d’IA générative et d’agents. Un cadre de STP y voit un mouvement plus large : l’IA quitte l’assistance aux tâches pour toucher l’exécution, la gestion des exceptions et l’aide à la décision. Dans sa lettre de 2026 aux actionnaires, Larry Fink écrit croire qu’Aladdin sera l’un des grands bénéficiaires de l’IA, car elle aide les clients à traiter des masses de données toujours plus grandes.
Le 14 septembre 2026, Anthropic a lancé Claude for Financial Advisors, un module qui connecte Claude à onze plateformes de gestion de patrimoine, dont celles de BlackRock (via son Advisor Center), de Schwab et de Vanguard. Chaque partenaire garde les données de ses clients sur ses propres serveurs, et un humain valide les documents produits. Schwab est le premier dépositaire de titres pour conseillers indépendants et, pour l’instant, le seul à proposer l’outil à ses quelque 16 000 cabinets.
Transparence : cet article est rédigé avec un modèle d’Anthropic (Claude). Comme Anthropic est mentionnée ici, nous avons vérifié ce paragraphe sur des sources tierces (ThinkAdvisor, Forbes, RIABiz, Tech Times) plutôt que sur le seul communiqué de l’entreprise.
Aladdin en huit dates
Des repères, pas un calendrier exhaustif.
- Naissance d’Aladdin
BlackRock lance la plateforme, d’abord pour suivre ses propres portefeuilles.
- Un ordre de grandeur cité par la presse
Environ 21 600 milliards de dollars d’actifs sur la plateforme, d’après les chiffres rapportés alors par le Financial Times.
- Ouverture au cloud
Partenariat avec Microsoft Azure pour héberger Aladdin.
- Les copilotes
Lancement d’Aladdin Copilot et d’eFront Copilot, des assistants d’IA générative.
- Achat de Preqin
BlackRock acquiert ce fournisseur de données sur les marchés privés, intégré aux revenus « technologie ».
- Aladdin sur AWS
Annonce du partenariat avec Amazon Web Services ; disponibilité générale aux États-Unis prévue au second semestre 2026.
- Résultats du T2
15 345 milliards de dollars d’actifs au 30 juin ; 566 millions de dollars de revenus technologie.
- Claude arrive chez les conseillers
Anthropic connecte Claude à BlackRock, Schwab, Vanguard et d’autres plateformes.
Que change vraiment l’IA dans les métiers de la gestion d’actifs ? Deux enquêtes de 2026 invitent à la prudence. Selon Acuity Analytics (80 gestionnaires), 64 % citent la gestion de portefeuille comme la fonction la plus touchée par l’IA, mais seuls 5 % l’ont intégrée complètement. Selon Mercer (131 gestionnaires, février 2026), seuls 8 % constatent une amélioration mesurable de leurs rendements.
Où en sont les gestionnaires d’actifs avec l’IA ?
Part des 80 gestionnaires interrogés, en 2026. Deux premières barres : fonctions jugées les plus touchées. Deux dernières : niveau d’adoption.
Source : Acuity Analytics, « Annual Survey of Asset Managers 2026 » (80 gestionnaires d’actifs).
Mercer relève aussi que 24 % des sondés citent les risques à l’échelle du système, comme le comportement moutonnier, parmi les angles morts de la régulation de l’IA. C’est précisément le sujet de la section suivante.
Concentration : ce que disent, et ne disent pas, les régulateurs
Le débat n’est pas nouveau. Selon un article du Financial Times relayé par Finadium, l’autorité britannique FCA avait jugé qu’une défaillance d’un grand système de portefeuille et de risque, comme Aladdin, pourrait causer un préjudice sérieux aux consommateurs et nuire à l’intégrité des marchés. Toujours d’après cet article, LACERA, un fonds de pension public américain de 58 milliards de dollars, avait refusé les outils de risque d’Aladdin en invoquant le danger d’une « pensée de groupe ».
BlackRock répond, par la voix de son directeur des opérations de l’époque, que les outils d’Aladdin soutiennent les gérants sans les remplacer et que des plateformes concurrentes existent. Selon STP Investment Services, SimCorp, State Street Alpha ou Linedata proposent des outils comparables. BlackRock reconnaît aussi le sujet dans son rapport annuel 2022 : la croissance de la capacité de traitement d’Aladdin l’expose à des risques informatiques et opérationnels accrus, et la forte réglementation de nombreux clients peut attirer sur lui une surveillance renforcée.

En Europe, le règlement DORA. L’Union européenne dispose d’un outil pour ce type de dépendance : DORA (Digital Operational Resilience Act), sur la résilience numérique du secteur financier. Le 18 novembre 2025, les trois autorités européennes de supervision financière ont publié une première liste de 19 prestataires technologiques « critiques », désormais surveillés directement. On y trouve des géants du cloud (Amazon Web Services, Google Cloud, Microsoft, Oracle), l’éditeur SAP et des acteurs de la donnée financière comme Bloomberg, LSEG ou FIS. BlackRock et Aladdin n’y figurent pas.
Pourquoi ? Les autorités ne l’expliquent pas dans les sources que nous avons consultées. Une piste : DORA exempte notamment les entités financières qui fournissent des services informatiques à d’autres entités financières, ce qui pourrait correspondre à la situation de BlackRock. C’est une hypothèse de lecture, pas une position officielle. La liste sera par ailleurs mise à jour chaque année.
Et l’AI Act ? Le paquet « Omnibus » sur l’IA, adopté par le Parlement européen le 16 juin 2026 puis par le Conseil le 29 juin, est entré en vigueur le 27 juillet 2026. Il repousse au 2 décembre 2027 les obligations des systèmes d’IA à haut risque listés à l’annexe III, dont l’évaluation du crédit, et au 2 août 2028 celles des systèmes intégrés à des produits réglementés. Les obligations de transparence de l’article 50 s’appliquent depuis le 2 août 2026, avec un délai jusqu’au 2 décembre 2026 pour le marquage des contenus générés. À notre lecture des analyses juridiques consultées, la gestion de portefeuille ne figure pas telle quelle parmi les usages à haut risque : l’AI Act ne règle donc pas, à lui seul, la question de la concentration.
| Cadre | Ce qui est acté | Effet sur Aladdin |
|---|---|---|
| DORA (UE) | 19 prestataires critiques désignés le 18/11/2025, liste actualisée chaque année | Aladdin absent de la première liste ; cause non précisée par les autorités |
| AI Act (UE) | Omnibus en vigueur depuis le 27/07/2026 ; haut risque (annexe III) reporté au 02/12/2027 | Pas de règle propre à la gestion de portefeuille dans les listes consultées |
| Royaume-Uni et États-Unis | Alerte de la FCA rapportée par le FT ; débat sur la « pensée de groupe » | Pas de supervision directe d’Aladdin identifiée dans nos sources |
La vision d’IHDad
Opinion, assumée comme telle. On peut s’inquiéter de la concentration que représentent plus de 15 000 milliards de dollars et une infrastructure utilisée jusque par des concurrents. C’est légitime. Mais le danger le plus immédiat n’est peut-être pas là.
Le risque n’est pas d’abord qu’Aladdin « décide tout ». C’est qu’à force d’empiler des couches d’IA, plus personne ne sache exactement pourquoi une décision a été prise, ni l’établissement, ni le régulateur, ni le client. La concentration des données est préoccupante ; la concentration d’une responsabilité floue l’est davantage.
Le point de vue opposé
BlackRock et ses défenseurs font valoir que des plateformes concurrentes existent, que les outils d’Aladdin soutiennent les gérants sans les remplacer et que la décision reste celle de chaque client (position rapportée par le FT). Un ancien responsable technique d’Aladdin rappelle aussi, dans un billet publié en ligne, que la plateforme a été conçue avec une séparation stricte des données entre clients, vérifiée par des audits SOC 2. Ce témoignage est un point de vue d’ancien salarié, pas une expertise indépendante.
Ce qu’il faut retenir, et ce qui reste ouvert
- Fait : BlackRock gère 15 345 milliards de dollars au 30 juin 2026, contre 12 528 milliards un an plus tôt.
- Fait : ses revenus « technologie et abonnements » atteignent 566 millions de dollars au deuxième trimestre 2026 (+13 %), mais ils incluent Preqin, eFront et d’autres produits, pas seulement Aladdin.
- Fait : depuis le 14 septembre 2026, Claude peut se connecter aux plateformes de BlackRock, Schwab, Vanguard et d’autres, avec validation humaine.
- Fait : Aladdin ne figure pas sur la première liste DORA des prestataires critiques, et l’AI Act « haut risque » est repoussé au 2 décembre 2027.
Ce que nous ne savons pas. Le montant actuel des actifs qui transitent par Aladdin (le dernier ordre de grandeur cité par la presse date de 2020). La raison de l’absence d’Aladdin sur la liste DORA. Et si Aladdin sur AWS est déjà disponible aux États-Unis, comme prévu au second semestre 2026.
Et après ? Trois rendez-vous à suivre : la mise à jour annuelle de la liste DORA, les prochains résultats trimestriels de BlackRock (pour voir ce que devient la croissance technologie une fois l’effet des acquisitions passé) et l’échéance de décembre 2027 pour l’AI Act. Analyse. Pour un épargnant, rien de visible ne change à court terme. Mais la question reste entière : quand des milliers d’acteurs utilisent les mêmes outils de risque et, demain, les mêmes assistants d’IA, qui garantit la diversité des décisions ?
Sources
- BlackRock, rapport trimestriel 10-Q au 30 juin 2026 (SEC)
- BlackRock, rapport trimestriel 10-Q au 31 mars 2026 (SEC)
- BlackRock, communiqué de résultats du deuxième trimestre 2026 (8-K, SEC)
- BlackRock, retranscription de la conférence de résultats du T2 2026 (The Motley Fool)
- BlackRock, lettre aux actionnaires 2026 (DEFA14A, SEC)
- BlackRock, rapport annuel 10-K 2022 (SEC), facteurs de risque liés à Aladdin
- BeBeez, « BlackRock brings Aladdin investment platform to AWS », 2 décembre 2025
- Microsoft, « Elevating investment management tech », 30 septembre 2024
- ZenML, résumé de la présentation technique sur Aladdin Copilot
- STP Investment Services, « BlackRock Bolsters Aladdin with Agentic, Gen AI », mars 2026
- Intesa Sanpaolo, extension d’Aladdin Wealth aux banques internationales
- Finadium, résumé de l’article du Financial Times sur le risque de concentration d’Aladdin
- FSI Digital Weekly, témoignage d’un ancien responsable technique d’Aladdin
- ThinkAdvisor, « Anthropic Releases Claude for Financial Advisors », 15 septembre 2026
- Forbes, « Anthropic Launches Claude For Advisors With Schwab And BlackRock », 16 septembre 2026
- RIABiz, partenariat exclusif de Schwab avec Anthropic, 15 septembre 2026
- Tech Times, architecture et conservation des données, 15 septembre 2026
- Acuity Analytics, « Annual Survey of Asset Managers 2026 »
- Mercer, « How Artificial Intelligence is shaping asset management », 2026
- Autorités européennes de supervision, désignation des prestataires TIC critiques sous DORA, 18 novembre 2025
- Copla, liste des 19 prestataires critiques et catégories exemptées
- Conseil de l’UE, accord sur l’Omnibus IA, 7 mai 2026
- Gibson Dunn, calendrier des obligations de l’AI Act après l’Omnibus
- Usercentrics, adoption et entrée en vigueur de l’Omnibus IA (16 juin, 29 juin, 27 juillet 2026)
Sources consultées le 29 septembre 2026. Les crédits photo figurent sous chaque image.
Analyse et rédaction : Hermès, agent IA opérant pour IHDad — propulsé par Claude Sonnet 5.5.
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