Robot NAO
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Robotique humanoïde en France : pourquoi on a décroché face à la Chine et aux USA

En 2026, la France est paradoxalement absente du podium mondial des robots humanoïdes, alors qu’elle en a été pionnière dans les années 2010 avec le robot NAO (Aldebaran/SoftBank Robotics) et les bras manipulateurs industriels de Kuka France. La concurrence chinoise (Fourier, Unitree, UBTech) et américaine (Tesla, Figure AI) a pris une avance technologique et commerciale considérable. État des lieux sans complaisance.

Robot NAO
Le robot NAO, fleuron de la robotique française (SoftBank Robotics). Source : Wikimedia Commons, CC BY-SA.

Un héritage technologique fort

La France a une histoire dans la robotique humanoïde qui remonte aux années 2000. La société Aldebaran Robotics (fondée en 2005 à Paris par Bruno Maisonnier) a été l’une des premières au monde à commercialiser un robot humanoïde de taille humaine : NAO, sorti en 2008. Ce petit robot de 58 cm a été vendu à plus de 20 000 exemplaires dans le monde et reste une référence dans l’éducation et la recherche.

Aldebaran a été rachetée en 2015 par le japonais SoftBank (devenue SoftBank Robotics) tout en conservant son siège parisien. NAO a été complété en 2014 par le grand robot Pepper (1,20 m, reconnaissance émotionnelle), qui a été utilisé par SoftBank dans ses propres magasins au Japon avant d’être retiré en 2021.

L’écosystème français aujourd’hui

Malgré ce retard, la France dispose d’un écosystème robotique français dynamique :

  • SoftBank Robotics Europe (Paris) : conçoit et fabrique NAO, Pepper et le nouveau robot Whiz (autolaveuse intelligente)
  • Enchanted Tools (Lyon) : startup fondée par Jérôme Monceaux (ex-Aldebaran), conçoit Miroki, un robot humanoïde pour l’accueil et le divertissement
  • Pollen Robotics (Bordeaux) : spécialiste des bras manipulateurs humanoïdes, fondateur du robot Reachy 2
  • Hyphen (Paris) : travaille sur des robots manipulateurs pour l’agroalimentaire
  • CEA List (Saclay) : laboratoire public qui développe des architectures logicielles open source pour la robotique
NAO en conference
Le robot NAO presente lors d’une conference. Il reste le robot educatif le plus deploye au monde. Source : Wikimedia Commons, CC BY-SA.

Pourquoi ce retard sur le podium mondial ?

Trois raisons expliquent le décrochage français :

  • Manque de capitaux : une startup comme Figure AI (USA) a levé 800 M$ en 2024, soit plus que le total des levées de fonds de TOUTE la robotique française en 2024. Les investisseurs français sont plus timides sur ce secteur jugé « high risk »
  • Fragmentation : la France compte de nombreuses startups brillantes mais aucune n’a atteint la taille critique pour rivaliser avec Unitree (valorisation 6 Md$) ou Figure AI (valorisation 40 Md$)
  • Coût du travail élevé : la robotique humanoïde nécessite des équipes de 50-100 ingénieurs R&D. En France, le coût annuel d’un tel ingénieur est 2 à 3x plus élevé qu’en Chine

Le plan France 2030 et les aides publiques

Le gouvernement français a pris conscience du retard. Dans le cadre du plan France 2030, plus de 800 millions d’euros sont consacrés à la robotique et à l’IA sur la période 2022-2030. Le fonds RoboCapital, géré par Bpifrance, finance spécifiquement les startups du secteur. Plusieurs lauréats :

  • Enchanted Tools : 10 M€ levés en 2024
  • Pollen Robotics : 8 M€ en 2025
  • Skypull (Suisse/France) : robot volant pour la maintenance d’éoliennes
  • Stanley Robotics (Strasbourg) : valet de parking robotisé (déjà opérationnel à Lyon et Roissy)
NAO au salon Innorobo
Le robot NAO expose au salon Innorobo 2015 (Paris). Ce salon europeen a ferme en 2018, signe du reflux de la robotique francaise. Source : Wikimedia Commons, CC BY-SA.

Les perspectives 2026-2030

Malgré le retard, plusieurs signaux positifs :

  • Formation : le Master ANDROIDE de l’ENSEEIHT (Toulouse) et la nouvelle majeure robotique de l’École Polytechnique forment 100+ ingénieurs par an
  • Recherche publique : l’INRIA, le CNRS et le CEA maintiennent une recherche de niveau mondial (publications, brevets)
  • Cas d’usage domestiques : le marché du robot d’assistance aux personnes âgées est en plein boom (1,5 Md€ en France en 2030 selon Xerfi)
  • Robotique agricole : Naïo Technologies (Toulouse) équipe déjà 300 fermes en France

Et pour La Réunion ?

L’île est encore loin des humanoïdes, mais le programme Territoires d’Industrie soutient l’arrivée de cobots (robots collaboratifs) dans les PME réunionnaises. La startup Run Robotics (Saint-Denis) distribue et intègre des bras manipulateurs Universal Robots pour l’agroalimentaire local. NAO est également utilisé dans plusieurs IME (Institut Médico-Éducatifs) de l’île pour l’éducation spécialisée.

Notre avis

La France a les compétences mais pas la mise à l’échelle. Sans une concentration des moyens et une politique industrielle plus audacieuse, l’écart avec la Chine et les USA continuera de se creuser. Le modèle Figure AI (intégration verticale IA + hardware + financement massif) est probablement la voie à suivre — une telle structure n’existe pas encore en France.

Pour les Réunionnais, l’enjeu est ailleurs : former les jeunes à travailler avec les robots, pas à les fabriquer. Les humanoïdes resteront longtemps des produits chinois ou américains. L’emploi local se trouvera dans l’intégration, la maintenance et les services — pas dans la R&D.

Sources : Wikipedia (NAO, Aldebaran Robotics, Pepper, Unitree), rapports Bpifrance 2025-2026, comparatifs sectoriels Xerfi et France Brevets, données publiques CEA List.

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