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Immigration en France aujourd’hui : flux, population et budget 2026

En 2025, la France compte 7,97 millions d’immigrés, soit 11,6 % de la population. Les entrées ont reculé de 6 % en 2024, tandis que la mission budgétaire dédiée à l’immigration, l’asile et l’intégration représente 2,16 milliards d’euros en 2026. Ces chiffres ne disent pas tout, mais ils fixent les ordres de grandeur du présent.

Qui sont les immigrés, et combien sont-ils ?

L’Insee distingue deux notions souvent confondues. Un immigré est une personne née étrangère à l’étranger et résidant en France, qu’elle ait ou non acquis la nationalité française. Un étranger est une personne qui n’a pas la nationalité française. En 2025, la France compte environ 7,97 millions d’immigrés (11,6 % de la population) et 6,30 millions d’étrangers (9,1 %), pour une population totale de 68,85 millions d’habitants.

Graphique : part des immigrés dans la population de la France de 2021 à 2025
Part des immigrés dans la population, 2021-2025 (Insee). Rupture de série entre 2023 et 2024.

Attention à la lecture de l’évolution récente : selon l’Insee, une amélioration du protocole de collecte du recensement crée une rupture de série, et les données d’avant 2024 ne sont pas directement comparables à celles de 2024 et 2025. La hausse apparente de 10,2 % en 2021 à 11,6 % en 2025 ne doit donc pas être lue comme une mesure précise de l’augmentation réelle.

Les flux : des entrées en baisse, un solde encore élevé

En 2024, 438 000 personnes sont entrées en France, dont 313 000 immigrés, 85 000 personnes nées en France (revenant après un séjour à l’étranger) et 40 000 personnes nées françaises à l’étranger. Les entrées ont diminué de 6 % par rapport à 2023 et retrouvent le niveau de 2019. Le solde migratoire, lui, avait atteint un niveau historique en 2022, avec environ +271 000 personnes, avant de reculer. Depuis 2017, le solde migratoire dépasse le solde naturel et constitue le principal moteur de la croissance démographique française, un phénomène qui s’accentue avec la baisse des naissances (le solde naturel est devenu négatif en 2025).

Le profil des immigrés arrivés en 2024 est documenté par l’Insee : âge médian de 26 ans, 53 % de femmes, 51 % de diplômés de l’enseignement supérieur parmi les 25 ans et plus, 55 % en emploi ou en études, et 58 % vivant en famille. Les personnes arrivées viennent principalement d’Afrique (144 000), d’Europe (83 000), d’Asie (57 000) et d’Amérique ou d’Océanie (30 000). Ces moyennes masquent de fortes différences selon les motifs d’arrivée : travail, études, famille, asile.

Ce que le budget 2026 affiche

La mission « Immigration, asile et intégration » du budget de l’État dispose de 2,16 milliards d’euros en 2026, contre 2,08 milliards en 2025 (hausse de 3,8 % en crédits de paiement, selon le rapport du Sénat). Elle se divise en deux programmes : Immigration et asile (environ 80 % des crédits) et Intégration et accès à la nationalité (environ 20 %).

Quelques lignes marquantes : un plan de 266 millions d’euros d’investissement immobilier pour porter la capacité des centres de rétention de moins de 2 000 à 3 000 places d’ici 2029 ; la mise en œuvre du Pacte européen sur la migration et l’asile, applicable depuis le 12 juin 2026 ; une baisse de 30 millions d’euros de l’allocation pour demandeurs d’asile, liée au traitement plus rapide des dossiers par l’Ofpra ; une réduction de 1 400 places d’hébergement ; et un objectif de 122 000 contrats d’intégration républicaine en 2026. Le coût de la plateforme numérique de gestion des titres de séjour (Anef) atteint 179 millions d’euros au total, avec 40 millions supplémentaires pour corriger ses anomalies.

Graphique : budget de l'immigration en 2026 selon le périmètre retenu
Selon le périmètre, de 1,2 à 7,8 milliards d’euros : ces montants se recoupent en partie et ne s’additionnent pas.

Le budget visible, et ce qui ne l’est pas

Les rapporteurs du Sénat précisent que la mission ne représente qu’un quart des 7,8 milliards d’euros consacrés à la politique d’immigration au sens large, les autres crédits étant répartis dans d’autres missions du budget. À cela s’ajoute l’aide médicale d’État (AME), stable à 1,2 milliard d’euros dans le budget 2026. Selon un rapport sénatorial, le coût réel a atteint 1,386 milliard d’euros en 2024 pour un budget voté de 1,16 milliard, avec 465 744 bénéficiaires au 30 septembre 2024, soit un nombre multiplié par deux depuis 2011.

Pour situer ces montants : 7,8 milliards d’euros représentent moins de 0,5 % des 1 672 milliards de dépense publique (comparaison entre un montant 2026 et un total 2024, donc un simple ordre de grandeur). Cela ne rend pas la ligne négligeable, mais montre qu’elle n’est pas de même nature que les grands postes que sont les retraites ou la santé.

Ce budget visible ne mesure toutefois qu’une partie de la réalité. Il n’inclut pas les prestations de droit commun (santé, école, allocations) dont bénéficient les immigrés comme tous les résidents en situation régulière, ni, à l’inverse, les impôts et cotisations qu’ils versent lorsqu’ils travaillent. Le solde complet suppose une approche du type de celle exposée dans l’article précédent, appliquée à des données récentes, qui n’existe pas à ce jour.

Emploi et insertion : le facteur décisif

Comme l’a montré l’article précédent, le solde budgétaire dépend d’abord de l’emploi. La Fondation IFRAP, think tank libéral, relève un taux d’emploi de 59,1 % pour les immigrés contre 66,3 % pour les natifs, et un chômage de 12,6 % contre 7,4 % (ces chiffres n’ont pas été recoupés ici avec la source statistique d’origine). À l’inverse, 51 % des immigrés arrivés en 2024 âgés d’au moins 25 ans sont diplômés du supérieur, ce qui suggère un potentiel d’insertion qui dépend en pratique de la reconnaissance des diplômes et de la maîtrise du français. Ce que nous ne savons pas, c’est l’évolution du taux d’emploi de ces cohortes récentes.

Ce que nous ne savons pas

Nous ne connaissons pas le solde budgétaire complet actuel de l’immigration, faute d’étude récente. Nous ne savons pas non plus mesurer de façon fiable l’immigration irrégulière ni son coût : les seules données publiques sont celles de l’AME et des dispositifs d’éloignement. Enfin, la rupture de série de l’Insee rend délicate toute comparaison avant 2024.

Emploi et chômage : des écarts marqués, surtout chez les femmes

Au-delà des chiffres budgétaires, l’Insee documente aussi la situation sur le marché du travail. Selon l’enquête Emploi 2025, chez les 15-64 ans, le taux d’emploi des hommes immigrés (71 %) est proche de celui des hommes non immigrés (72 %). L’écart est bien plus marqué chez les femmes : 54 % de taux d’emploi pour les femmes immigrées, contre 69 % pour les femmes non immigrées. Le taux de chômage des immigrés (12 % pour les hommes, 13 % pour les femmes) est également presque deux fois supérieur à celui des non-immigrés (7 %).

Ces écarts ont plusieurs explications documentées par les études du domaine : ancienneté d’installation plus faible en moyenne, reconnaissance partielle des diplômes et qualifications obtenus à l’étranger, maîtrise de la langue, discriminations à l’embauche mesurées par testing, et surreprésentation dans des secteurs plus exposés au chômage. Ces écarts ne sont pas figés : ils diminuent avec la durée de séjour en France et sont nettement moins marqués pour les enfants d’immigrés nés en France, mais ils pèsent sur les recettes fiscales et sociales à court terme, ce qui doit être pris en compte dans toute évaluation du solde budgétaire de l’immigration.

Le regard citoyen d’IHDad

Ce que je constate : les lignes budgétaires spécifiques sont de l’ordre de quelques milliards, très en dessous des grands postes de dépense, tandis que le solde complet reste inconnu.

Ce que ça change pour nous : ce qui pèse le plus sur les comptes, c’est le taux d’emploi et la rapidité d’insertion, plus que le nombre d’arrivées en lui-même.

Ce que je propose : faire de l’insertion (langue, reconnaissance des diplômes, emploi) une priorité mesurée, avec des indicateurs publiés chaque année. C’est une opinion.

Ce qu’un citoyen peut faire : lire les données de l’Insee et les rapports budgétaires du Sénat plutôt que les chiffres relayés sans source.

Ce que je ne sais pas : le solde budgétaire actuel, et l’effet réel du Pacte européen sur les flux.

Le point de vue opposé

Pour ceux qui estiment l’immigration mal maîtrisée, la baisse des entrées de 2024 est insuffisante face à un solde migratoire supérieur au solde naturel, et le budget visible sous-estime la réalité en oubliant les coûts diffus (santé, logement, école, sécurité). Pour ceux qui la jugent bien gérée, les entrées baissent, une part importante des arrivants est diplômée ou en emploi, et concentrer le débat sur quelques lignes budgétaires détourne l’attention des vrais enjeux : l’insertion, le logement et le vieillissement. Les deux lectures s’appuient sur des chiffres exacts et sur des perspectives différentes.

Conclusion

Le présent de l’immigration en France se lit dans quelques chiffres solides : 11,6 % de la population, des entrées à 438 000 en 2024, un budget dédié de l’ordre de 2 à 8 milliards d’euros selon le périmètre. Le dernier volet de cette série regarde vers l’avant : ce que disent les projections démographiques à l’horizon 2070.

Sources

  • Insee : Population immigrée et étrangère en France (2025) ; Flux migratoires, Insee Première n° 2107.
  • Sénat, avis budgétaire sur le projet de loi de finances pour 2026, mission Immigration, asile et intégration.
  • Sénat, rapport d’information sur l’aide médicale de l’État (2024) ; Le Média Social, budget 2026.
  • Fondation IFRAP : Immigration, coûts et gains pour l’économie française.

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