Exposition du Musée national de l’histoire de l’immigration, Palais de la Porte Dorée
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Immigration et finances publiques : ce que disent les études sur le passé

Combien l’immigration a-t-elle coûté, ou rapporté, aux finances publiques françaises depuis quarante ans ? La question est l’une des plus disputées du débat public, et les réponses varient du simple au décuple selon la méthode. Cet article ne prend pas parti : il expose ce que mesurent les études disponibles, ce qu’elles ne mesurent pas, et pourquoi elles divergent.

Gratte-ciel du quartier d'affaires
Photo : Ank Kumar, licence CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.
Salle des marchés financiers
Photo : SSZ, licence CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons.

Une question de méthode avant d’être une question de chiffres

Calculer le « coût » de l’immigration n’a rien d’évident. Il faut d’abord décider ce que l’on compte : uniquement les prestations reçues et les impôts payés par les immigrés eux-mêmes, ou aussi ceux de leurs enfants nés en France ? Une part de la dépense publique n’est pas individualisable : la défense, la justice, les routes ou la charge de la dette bénéficient à tous, et il faut choisir comment les répartir. Enfin, on peut raisonner à un instant donné (une année) ou sur toute une vie (un immigré arrivé à 25 ans paie des cotisations pendant quarante ans, puis touche une pension).

Ces choix ne sont pas techniques au sens neutre : chacun oriente le résultat. C’est pourquoi une même question produit des chiffres qui semblent contradictoires. Il faut donc toujours lire un chiffre avec sa méthode.

Ce que dit l’étude de référence sur 1979-2011

L’étude la plus complète sur le passé est celle du CEPII (centre d’études en économie internationale rattaché à France Stratégie, auprès du Premier ministre, document de travail 2018, publié ensuite dans la Revue économique en 2022). Elle adopte une approche exclusivement comptable : pour chaque année entre 1979 et 2011, elle exploite les enquêtes Budget de famille pour distinguer ce que les immigrés versent (impôts, cotisations) de ce qu’ils reçoivent (prestations, dépenses individualisables), en tenant compte de l’âge et du niveau de qualification.

Son résultat principal : la contribution nette des immigrés au solde public primaire est restée contenue dans une fourchette de plus ou moins 0,5 % du PIB, le plus souvent négative, sans jamais expliquer à elle seule l’ampleur du déficit français. Le point le plus défavorable est atteint en 2011, à −0,49 % du PIB, ce qui représente de l’ordre de 10 milliards d’euros pour un PIB d’environ 2 000 milliards à l’époque (ordre de grandeur calculé ici, pas un chiffre publié par les auteurs).

Graphique : solde budgétaire net des immigrés en 2011 selon l'origine, en % du PIB
Contribution nette des immigrés au solde public primaire en 2011 (CEPII).

L’étude montre aussi que ce solde varie fortement selon le profil : positif aux âges actifs et négatif à la retraite, et cela vaut pour les natifs comme pour les immigrés ; plus favorable pour les personnes qualifiées ; plus défavorable pour les immigrés originaires de pays tiers (−0,30 % du PIB en 2011) que pour ceux de l’Union européenne (−0,18 %). Autrement dit, le solde dépend beaucoup de l’emploi et de l’âge, et moins de l’origine en tant que telle : un immigré en emploi contribue, un immigré au chômage ou retraité coûte, comme n’importe quel résident dans la même situation.

Les limites reconnues de cette approche

Les auteurs eux-mêmes signalent des limites. L’analyse exclut, dans son scénario principal, les enfants d’immigrés nés en France, qui sont comptés parmi les natifs (un scénario de sensibilité les rattache aux immigrés, avec des résultats plus défavorables selon l’observatoire cité plus bas). Les dépenses non individualisables (défense, justice) sont réparties uniformément. Enfin, l’étude suppose une intégration comparable des membres d’un même ménage, ce qui simplifie la réalité.

Les critiques : des données anciennes et un périmètre étroit

L’Observatoire de l’immigration et de la démographie (OID), un organisme qui s’intéresse spécifiquement à ces questions et défend une approche critique de l’immigration, adresse plusieurs reproches aux études de ce type. Selon lui, les données sont trop anciennes (2005-2011) au regard des changements récents ; le périmètre financier est incomplet (impôt sur les sociétés, défense et infrastructures sont exclus) ; l’immigration irrégulière n’est pas prise en compte, alors que ses coûts auraient augmenté ; et l’approche manque de vision dynamique du cycle de vie des immigrés.

L’OID compare aussi plusieurs estimations. D’après son tableau de synthèse, le CEPII situe le coût à 1,4 milliard d’euros en 2006 dans son scénario de référence, et à 19,8 milliards en 2011 en y incluant la deuxième génération ; l’OCDE (2013) l’estime à 12,4 milliards pour 2007-2009, et une étude de 2017 (Gourévitch) à 17,7 milliards. Nous relayons ces chiffres tels que publiés par l’OID, sans avoir pu les reconstituer nous-mêmes à partir des sources originales : le lecteur doit les lire comme les résultats d’un camp qui critique les études précédentes, pas comme une mesure de consensus.

La Fondation IFRAP, think tank libéral, arrive elle aussi à une contribution nette négative de l’ordre de −0,53 % du PIB (hors charge de la dette), à partir de ratios de dépenses par habitant et non de montants agrégés. Elle relève surtout un écart d’emploi : 59,1 % pour les immigrés contre 66,3 % pour les natifs, et un taux de chômage de 12,6 % contre 7,4 %. Elle reconnaît elle-même qu’il est difficile de projeter ces résultats dans l’avenir et ne chiffre aucun gain en euros.

Ce que ces travaux ont en commun, malgré tout

Malgré leurs différences, les études convergent sur trois points. D’abord, l’effet sur les finances publiques est d’un ordre de grandeur limité : de quelques dixièmes de point de PIB, jamais de plusieurs points, alors que le déficit public actuel dépasse 5 % du PIB. Ensuite, ce solde est très sensible à l’emploi et à l’âge d’arrivée : c’est le taux d’emploi qui fait la différence, pas le statut. Enfin, l’immigration n’est pas la cause principale du déficit : les grands postes qui l’expliquent sont la protection sociale, la santé et la dette, comme le montre l’article sur la dépense publique de cette série.

Elles divergent sur un point essentiel : ce qu’il faut compter. Selon que l’on inclut ou non la deuxième génération, la part des dépenses non individualisables et l’immigration irrégulière, l’estimation peut passer de quelques milliards à une vingtaine de milliards par an. C’est un écart de méthode, pas d’idéologie : c’est lui que les débats gagneraient à mettre au centre.

Ce que nous ne savons pas

Aucune étude ne couvre les années récentes avec la même méthode : les données s’arrêtent à 2011. Nous ne savons donc pas quel serait le solde aujourd’hui, ni quelle est la contribution des générations arrivées depuis 2015. Nous ne savons pas non plus mesurer de façon fiable le solde de l’immigration irrégulière. Et une approche comptable ne dit rien des effets non budgétaires (croissance, prix, innovation, cohésion sociale), qui relèvent d’autres disciplines.

Le regard citoyen d’IHDad

Ce que je constate : les études sérieuses se rejoignent sur un ordre de grandeur limité (autour de 0,5 % du PIB dans un sens ou dans l’autre selon la méthode), et divergent surtout sur le périmètre.

Ce que ça change pour nous : ce sujet pèse moins sur le budget que ne le disent les deux extrêmes du débat, mais il pèse sur la confiance : chacun a l’impression qu’on lui cache la vérité.

Ce que je propose : une évaluation officielle, indépendante et mise à jour régulièrement, avec une méthode publique et des scénarios (deuxième génération, dépenses non individualisables). Ce serait plus utile qu’une nouvelle polémique. C’est une opinion.

Ce qu’un citoyen peut faire : quand il lit un chiffre sur le sujet, chercher la période, le périmètre et la méthode avant de conclure.

Ce que je ne sais pas : quel est le solde actuel, et quelle part de l’écart entre les études vient de vrais désaccords plutôt que de simples choix de comptage.

Le point de vue opposé

Deux critiques opposées coexistent. Pour ceux qui jugent le coût exagéré, les études comptables montrent un impact proche de zéro à l’échelle du budget de l’État, et les immigrés en emploi contribuent autant que les natifs : présenter l’immigration comme un fardeau budgétaire est donc un raccourci. Pour ceux qui le jugent sous-estimé, ces études omettent des coûts (deuxième génération, immigration irrégulière, dépenses collectives) et reposent sur des données trop anciennes : le solde réel serait plus défavorable. Les deux camps ont raison sur un point : sans méthode commune et sans données récentes, le débat reste à armes inégales.

Ce que montrent les comparaisons internationales

Le débat n’est pas propre à la France. Une étude de 2019 portant sur dix-neuf pays de l’OCDE entre 1980 et 2015 a cherché à mesurer l’effet d’un choc migratoire sur le solde budgétaire des États, indépendamment du cas français. Elle conclut à un effet positif mais modeste à court terme, de l’ordre de 0,25 à 0,31 point de PIB, sans permettre de classer les pays entre eux sur un solde nettement positif ou négatif. Ce résultat rejoint, à l’échelle internationale, ce que montrent les études françaises évoquées plus haut : un effet proche de zéro, ni le gouffre budgétaire parfois évoqué, ni la martingale qui financerait à elle seule les comptes publics.

Cette convergence entre études de pays différents, utilisant des méthodes distinctes, est elle-même une information utile : elle rend moins plausibles les estimations extrêmes, dans un sens comme dans l’autre, qui circulent parfois dans le débat public sans être adossées à une méthode vérifiable.

Conclusion

Le passé budgétaire de l’immigration est mesuré, mais mal, et selon des méthodes qui ne s’accordent pas. L’article suivant regarde le présent : combien d’immigrés en France aujourd’hui, quels flux, et que coûtent réellement les dispositifs visibles du budget 2026.

Sources

  • CEPII, L’impact budgétaire de trente ans d’immigration en France, document de travail 2018-04 ; Revue économique 2022, vol. 73 n° 4.
  • Observatoire de l’immigration et de la démographie : Le coût de l’immigration pour les finances publiques (partie 1).
  • Fondation IFRAP : Immigration, coûts et gains pour l’économie française.

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